carnet de bord
Depuis 2021, Projet Mégaphone tend son porte-voix aux jeunes qu’on n’entend jamais dans l’espace public. Ils ont entre 16 et 30 ans, et portent un lourd bagage qui les a plongés dans des situations de précarité affective, sociale ou économique.
Enregistreuse, micros et boite d’activités en main, on les rassemble autour d’une table avec un·e scientifique. C’est le début d’une petite révolution, écrite dans la marge.
Le 26 juillet 2026, Projet Mégaphone a invité 12 jeunes adultes pour un nouveau parcours, en compagnie du neuroscientifique Floris van Vugt, chercheur au Département de psychologie de l'Université de Montréal, pour échanger sur un sujet chaud : « Tous dans le même bateau : se comprendre mutuellement dans un monde polarisé. » Sommes-nous si différents les uns des autres? Nos opinions sont-elles dictées par notre point de vue? Peut-on encore discuter? Et dans ce contexte de division, qu'en est-il du vivre ensemble?
Pour se mettre dans le bain et réfléchir en pleine immersion, Projet Mégaphone s'est allié à un nouveau collaborateur, ÉcoMaris, un OBNL qui crée des expéditions maritimes transformatrices, axées sur l'apprentissage multidisciplinaire.
Projet Mégaphone vous partage son carnet de bord sur l’aventure fluviale. Cette semaine-là, c'était sur un voilier. Le reste de l'année, c'est dans les locaux d'organismes communautaires.
L’aventure, en voilier ou dans un local communautaire, est la même : un programme parfois houleux, mais profondément transformateur.
Le grand départ
« Mais tu sais, c'est inconfortable, le changement, je pense que ça prend du temps comme on l'a dit tantôt, fait qu'il y en a peut-être qui ont l'air plus résistants au changement, mais c'est humain, je pense, de lutter contre ce qui est inconnu, ça fait peur, c'est stressant. » - Aglaée
Chaque parcours de Projet Mégaphone est une nouvelle aventure, où on se demande dans quoi on s’embarque… Puis on jase, on écoute, on valorise la parole de chacun et chacune.
La confiance s’installe.
à la rencontre des autres
« Moi personnellement j'ai adoré avoir un chercheur à bord, tout ce que ça apporte pour moi c'était que du positif, avoir quelqu'un qui est très intelligent, qui a un bon regard sur les gens, qui comprend les gens. Avoir cette, on va dire, maturité émotionnelle, puis... Cette vision, aussi le sujet du chercheur (…) Et je trouve cela le fun aussi qu'il y a n'importe qui qui voulait aller lui parler, il prenait le temps, il était très gentil, et juste avoir un chercheur à disposition on va dire, c'est très le fun, c'était très enrichissant (…) avec Floris, je trouve que ce qui a apporté sur le voilier, ça nous a fait passer à un deuxième niveau clairement. » - Mickaël
« Moi, je prends vraiment plus de place que je pensais, là. Mais je pense que j'ai essayé de me trick à me dire que je voulais pas prendre autant de place, mais bon. C'est quand même un bon signe. J’ai quand-même une petite flamme. Et le feu est vraiment présent, fait qu'il est bien entretenu, les gens sont gentils autour du feu, fait que c'est cool. C'pas pire. » - Jules
Se rencontrer, se mesurer, prendre sa place. C’est ça qui alimente le pouvoir d’agir des jeunes qui participent au parcours de Mégaphone. Et c’est ça, le super pouvoir de Mégaphone : mettre tout en place pour que ça se passe.
Le creux de la vague
« Quand on a des discussions avec des gens qui reconnaissent pas leurs privilèges ou que ça semble vraiment, vraiment loin de nous, ben c'est éreintant parce que si tu te mets dans une discussion, tu sais que tu vas juste gaspiller ton énergie parce que ça va prendre un certain moment, mais en même temps si on ne le fait pas du tout, ben c'est quand même menaçant parce qu'on se dit, ben il n'y aura pas de changements. » - Jules
Faire un parcours Mégaphone, ça demande un engagement, ça demande de la résilience, aussi. Et ça demande de travailler avec le rythme du groupe.
Mégaphone permet le décrochage mental, ne calcule pas la performance et trouve toujours des moyens alternatifs à la participation.
« J'ai eu beaucoup de discussions profondes avec au moins 3-4 personnes, et j'ai remarqué qu'à chaque fois qu'on parle, on dirait que j'avais l'impression que je me casse toujours la tête (…). » - Kristo
« Je suis pas gentil. Je suis fatigué. J'ai envie de dormir. Ça va pas du tout. Je suis beaucoup more stressé. C'est très drôle. » - Jules
La bascule
« La discussion était aussi trop intéressante, je n'avais pas le goût de mettre un point à la discussion. En tout cas, j'ai laissé aller et c'est arrivé tout seul. C'est ça qui est beau, la vie, ça arrivait tout seul! » - Jules
« Personnellement, (...) plus c'était facile de sourire avec les gens, plus qu'on échange nos traumas, plus on échange les expériences, plus c'est facile de rire, de s'ouvrir plus avec les gens. » - Kristo
Oui, il y a toujours ce moment dans les parcours Mégaphone où le vent tourne, où les jeunes ont cette poussée de confiance qui les amène à se surpasser et à reconnaître leurs compétences. Pour plusieurs, c’est un apprentissage inédit.
le retour
Mégaphone permet d’arriver dans l’aventure avec son bagage, quel qu’il soit. Et d’en ressortir avec une meilleure compréhension de soi et du monde.
«Moi, j'ai toujours été une personne très négative, très sombre, puis là, on dirait que ça m'a fait rentrer le soleil à l'intérieur, puis j'aime pas le sentiment, mais j'adore ça en même temps. Je suis pas habitué à cette émotion-là, ces grosses émotions positives, mais ça me fait tellement du bien que j'essaie de l'embrasser un peu. Ce que j'ai eu sur le bateau avec tout le monde... C'était... Life changing. Tu sais moi j'étais rendu à un point de penser que mes actions pis mes mots ne valaient plus rien, que même si j'fais des actions ça va rien changer, mais dans l'fond, si j'mets mon pied à terre pis, en respectant mes convictions et mes valeurs, je vais rencontrer des gens avec qui on va avoir les mêmes convictions, les mêmes valeurs et ensemble on va créer, on va faire un groupe, ensemble on sera capable de porter notre voix plus haut. Faut pas avoir peur, non. Faut arrêter d'avoir peur. » - Kristo
un modèle unique, un impact réel.
Projet Mégaphone, c’est un programme d’autonomisation à impact réel.
Des jeunes adultes marginalisés, un scientifique qui pose des questions et qui s'intéresse aux réponses, c'est la méthode Projet Mégaphone. Ces mêmes jeunes adultes qui repartent avec plus d'autonomie, plus de confiance en eux, c'est l'effet Projet Mégaphone.
Cette méthode et ses impacts sont observés depuis 2021 et sont documentés dans le bilan d’impact élaboré avec le Centre de formation populaire.
Autre impact observé : les jeunes reviennent. Sans obligation de performance, ni même d’acte de présence, nous les retrouvons pourtant atelier après atelier, parcours après parcours. C'est la preuve la plus parlante : on ne revient pas vers ce qui ne nous a rien apporté.
Nous ne demandons qu'à poursuivre notre mission, et à consolider nos activités.
Parce que jeunes ou vieux, marginaux ou influents, nous sommes tous dans le même bateau, et chacun de nos gestes a un impact pour la suite du monde.